" Pour réaliser ce qui vous tient vraiment à coeur, VOUS ! "

La spiritualité commence où finit l'ego.

-- Gilbert Anken

La Vérité est un pays sans chemins, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit: aucune religion, aucune secte.

-- J. Krishnamurti

Quelle est votre nature réelle?

Est-elle d'écrire, de marcher ou bien est-elle tout simplement d'être?

La réalité unique et inaltérable est le fait d'être.

Tant que vous n'aurez pas réalisé ce niveau d'être à l'état pur, vous devrez poursuivre votre enquête.

-- Ramana Maharshi

Comme il est difficile de se désolidariser de soi! Il faut le faire sans un adieu, sans se retourner, avec le sourire de l’ami qui va bientôt retrouver le moi comme un prolongement de Soi, et vivre avec lui, dans l’acceptation pure et simple de sa merveilleuse... absence.

-- Roger Quesnoy

Le sage n’est pas celui qui sait résoudre les problèmes, mais celui qui sait ne pas les créer.

-- Auteur inconnu

Après tout, qu'est Dieu ? Un éternel enfant jouant un jeu éternel dans un éternel jardin.

-- Sri Aurobindo.

Archive pour décembre 2007

RÉCIT D’ÉVEIL DE ECKHART TOLLE

Mercredi 19 décembre 2007

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Eckhart Tolle est l’auteur de best seller Le pouvoir du moment présent et de plusieurs autres livres. C’est un enseignant spirituel actif et très apprécié. http://www.eckharttolle.com/

Jusqu’à l’âge de treize ans, j’ai vécu dans état presque continuel d’anxiété ponctué de périodes de dépression suicidaire. Aujourd’hui, j’ai l’impression de parler d’une vie passée ou de la vie de quelqu’un d’autre.

L’ÉVEIL

Une nuit, après mon vingt-neuvième anniversaire, je me réveillai aux petites heures avec une sensation de terreur absolue. Il m’était souvent arrivé de sortir du sommeil en ayant une telle sensation, mais cette fois-ci c’était plus intense que cela ne l’avait jamais été. Le silence nocturne, les contours estompés des meubles de la pièce obscure, le bruit lointain d’un train, tout me semblait si étrange, si hostile et si totalement insignifiant que cela créa en moi un profond dégoût du monde. Mais ce qui me répugnait le plus dans tout cela, c`était ma propre existence. À quoi bon continuer à vivre avec un tel fardeau de misère. Pourquoi poursuivre cette lutte ? En moi, je sentais qu’un profond désir d’annihilation, de ne plus exister, prenait largement le pas sur la pulsion instinctive de survivre.

« Je ne veux plus vivre avec moi-même. » Cette pensée me revenait sans cesse à l’esprit. Puis, soudain, je réalisai à quel point elle était bizarre. « Suis-je deux ? Si je ne réussis pas à vivre avec moi-même, c’est qu’il doit y avoir deux moi : le ‘je’ et le ‘moi’ avec qui le ‘je’ ne peux pas vivre. » « Peut-être qu’un seul des deux est réel, pensai-je. »

Cette prise de conscience étrange me frappa tellement que mon esprit cessa de fonctionner. J’étais totalement conscient, mais il n’y avait plus aucune pensée dans ma tête. Puis je me sentais aspiré par ce qui me sembla être un vortex d’énergie. Au début, le mouvement était lent, puis il s’accéléra. Une peur intense me saisit et mon corps se mit à trembler. J’entendis les mots « ne résiste à rien », comme s’ils étaient prononcés dans ma poitrine. Je me sentis aspiré par le vide. J’avais l’impression que ce vide était en moi plutôt qu’à l’extérieur. Soudain, toute peur s’évanouit et je me laissai tomber dans ce vide. Je n’ai aucun souvenir de ce qui se passa par la suite.

LA BÉATITUDE

Puis les pépiements d’un oiseau devant la fenêtre me réveillèrent. Je n’avais jamais entendu un tel son auparavant. Derrière mes paupières encore closes, ce son prit la forme d’un précieux diamant. Oui, si un diamant pouvait émettre un son, c’est ce à quoi il ressemblerait. J’ouvris les yeux. Les premières lueurs de l’aube fusaient à travers les rideaux. Sans l’intermédiaire d’aucune pensée, je sentis, je sus, que la lumière est infiniment plus que ce que nous réalisons. Cette douce luminosité, filtrée par les rideaux était l’amour lui-même. Les larmes me montèrent aux yeux. Je me levai et me mis à marcher dans la pièce. Je la reconnu et pourtant, je sus que je ne l’avais jamais vraiment vue auparavant. Tout était frais et comme neuf. Un peu comme si tout venait d’être mis au monde. Je ramassai quelques objets, un crayon, une bouteille vide, et m’émerveillai devant la beauté et la vitalité de tout ce qui se trouvait autour de moi.

Ce jour-là, je déambulai dans la ville, totalement fasciné par le miracle de la vie sur terre, comme si je venais de venir au monde.

LA COMPRÉHENSION

Pendant les cinq mois qui suivirent, je vécus sans interruption dans une grande béatitude et une paix profonde. Par la suite, cela diminua d’intensité ou telle fut mon impression, peut-être parce que cet état-là m’était devenu naturel. Je pouvais encore fonctionner dans le monde, même si je réalisais que rien de ce que je faisais n’aurait pu ajouter quoi que ce soit à ce que j’avais déjà.

Bien entendu, je savais que quelque chose de profondément significatif m’était arrivé, sans toutefois comprendre de quoi il s’agissait. Ce ne fut que plusieurs années plus tard, après avoir lu des textes sur la spiritualité et passé du temps avec des maîtres spirituels, que je compris qu’il m’était arrivé à moi, tout ce que le monde cherchait. Je compris que l’intense oppression occasionnée par la souffrance cette nuit-là devait avoir forcé ma conscience à se désengager de son identification au moi malheureux et plein de peur profonde, qui en fin de compte n’était qu’une fiction. Ce désengagement avait dû être si total que ce faux moi souffrant s’effondra immédiatement, comme un ballon qui de dégonfle quand on enlève le bouchon. Tout ce qui restait, c’était ma véritable nature, l’éternel je suis, la conscience dans son état vierge avant l’identification à la forme. Plus tard j’appris également à retourner en moi, dans ce royaume intemporel et immortel que j’avais au début perçu comme un vide, tout en restant pleinement conscient. Je connus des états de béatitude et de grâce tels qu’il est difficile de les décrire et qui éclipsent même la première expérience que je viens de vous décrire.

Tiré de Le pouvoir du moment présent, Eckhart Tolle Éd. Ariane

RÉCIT D’ÉVEIL DE SRI RAMANA MAHARSHI

Mardi 11 décembre 2007

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Ramana Maharshi (1879-1950) est un des grands maîtres spirituels du XXe siècle. Son enseignement sur le thème de la non-dualité a inspiré de nombreux philosophes et enseignants spirituels, notamment en occident. En maître socratique, il ne donnait jamais de leçons magistrales, mais se contentait de répondre aux questions qu’on lui posait et d’en susciter de nouvelles.

Environ six semaines avant mon départ définitif de Madura, il se produisit dans ma vie un grand changement. Ce changement fut soudain. J’étais seul dans une des pièces du premier étage, dans la maison de mon oncle. Je n’avais été malade que rarement, et ce jour-là ma santé était excellente; mais je fus pris soudain d’une violente peur de la mort. Rien dans mon état ne la justifiait, et je n’essayai pas d’en découvrir la raison; je me contentai de l’éprouver. Je me disais: « Je vais mourir », et je me demandais que faire. Il ne me vint pas à l’esprit de consulter un médecin, ou l’un de mes amis. Je sentais qu’il me fallait résoudre moi-même le problème, et sur le champ.

Le choc causé par la peur de la mort forçait mes pensées à l’observation intérieure, et je me répétais mentalement, sans réellement formuler des paroles: « Maintenant que la mort est là, que signifie-t-elle ? Qu’est-ce que c’est que mourir ? C’est ce corps-là qui meurt! » Et aussitôt je dramatisais le fait de la mort. J’étais couché, les membres raides comme si j’étais mort réellement. J’imitais la situation d’un cadavre pour donner à mon enquête une réalité plus grande. Je retenais ma respiration, et serrais les lèvres pour qu’aucun son ne put s’en échapper, pour m’empêcher de prononcer le mot « je », ou tout autre mot. « Bon! me disais-je, ce corps est mort. On l’emportera complètement rigide au lieu de sa sépulture, où on le brûlera et le réduira en cendres. Mais suis-je mort par cette mort de mon corps ? Mon corps est-il « moi » ? Il est silencieux et inerte, mais je sens la pleine force de ma personnalité, et j’entends même la voix du « moi » au fond de mon être. Je suis donc un esprit qui transcende le corps. Le corps meurt, mais l’esprit, transcendant le corps, ne peut être touché par la mort. Ce qui veut dire que je suis un esprit immortel.

Ces pensées n’étaient pas obscures et ternes. Elles jaillissaient en moi telles d’éclatantes vérités, que je percevais directement sans que mes activités cérébrales fussent en jeu. Le « moi » était donc quelque chose de très réel, la seule chose réelle dans mon état présent, et toute l’activité consciente de mon corps se concentrait sur ce « moi ». Depuis cet instant, la puissance fascinante de ce « moi » se plaça au cÅ“ur même de toute mon attention.

La crainte de la mort avait disparu, et pour toujours. L’absorption dans le « moi » se poursuivit sans interruption. D’autres pensées passaient et disparaissaient, pareilles à diverses notes de musique, mais le « moi » demeurait comme la note scruti, sous-jacente à toutes les autres notes, et se confondant avec elles.

Que mon corps fût occupé à parler, à lire, ou à quoi que ce soit d’autre, tout mon être n’en était pas moins centré sur le « moi ». Avant cette crise, je ne le distinguais pas clairement, et je n’étais pas attiré consciemment vers lui. Je ne ressentais pour lui nul intérêt direct ou perceptible; encore moins inclinais-je à demeurer constamment en lui.

Tiré de « L’enseignement de Ramana Maharshi », Ed. Albin Michel, 2005, p.10.