" Pour réaliser ce qui vous tient vraiment à coeur, VOUS ! "
La spiritualité commence où finit l'ego.
-- Gilbert Anken
La Vérité est un pays sans chemins, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit: aucune religion, aucune secte.
-- J. Krishnamurti
Quelle est votre nature réelle?
Est-elle d'écrire, de marcher ou bien est-elle tout simplement d'être?
La réalité unique et inaltérable est le fait d'être.
Tant que vous n'aurez pas réalisé ce niveau d'être à l'état pur, vous devrez poursuivre votre enquête.
-- Ramana Maharshi
Comme il est difficile de se désolidariser de soi! Il faut le faire sans un adieu, sans se retourner, avec le sourire de l’ami qui va bientôt retrouver le moi comme un prolongement de Soi, et vivre avec lui, dans l’acceptation pure et simple de sa merveilleuse... absence.
-- Roger Quesnoy
Le sage n’est pas celui qui sait résoudre les problèmes, mais celui qui sait ne pas les créer.
-- Auteur inconnu
Après tout, qu'est Dieu ? Un éternel enfant jouant un jeu éternel dans un éternel jardin.
-- Sri Aurobindo.
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Archive pour mars 2008
Jeudi 27 mars 2008

Le bouleversement
Arrêté après un affrontement sanglant à la frontière belge, suite à un cambriolage avec prise d’otage, Jacky van Thuyne, brute du “Milieu”, boucher de métier, est transféré à la Santé. Là , un soir, il participe, avec méfiance, à une classique séance de spiritisme qui lui révèle un monde dont il ne voulait pas jusque-là soupçonner l’existence.
Je suis bouleversé. Jusque-là , j’avais eu un rapport ambigu à Dieu. Je niais avec force son existence, mais en même temps je le refusais avec violence. Une fois, Sabine avait proposé à Paul de faire une prière ; je m’étais mis dans une colère monstre « Arrête tes conneries ! Je t’interdis de lui parler de tout ça ! On lui apprendra seulement à être gentille avec les gentils, et méchante avec les méchants.»
Et voilà qu’au travers de ce que j’avais considéré comme un jeu sans réelle importance, un « au-delà » surgissait dans ma vie, que je ne pouvais nier.
Je vais me coucher, très impressionné, et c’est alors qu’arrive la « chose »…
Tandis que je dors profondément, c’est comme si « on » me réveillait avec précaution ; je me sens alors comme baigné d’une incroyable douceur ; plus qu’une douceur ; c’est difficile à dire. Je suis là , et je ne suis pas là ; je me laisse envahir dans tous les membres, sans effort, ni physique, ni cérébral.
La matinée se passe dans une sorte d’absence bienheureuse.
L’après-midi, c’est comme un voile, quelque chose de très léger, à la hauteur du front, où plutôt dans le front, qui s’enroule, qui est enlevé, de gauche à droite, en oblique. J’ai le sentiment de devenir intelligent, de comprendre. Jusque-là , je ne pouvais exprimer ce que je ressentais et voilà que je trouve les mots facilement pour le dire. C’est le samedi, je connais trois jours d’une plénitude inouïe. Je vis les contraintes quotidiennes dans une sorte de détachement radical. Habité…
Mais, le mardi matin, je me réveille et le vieil homme en moi retrouve sa hargne.
— Mais, alors, Dieu existe, et c’est quand même la merde ! Les « Giscard », les « De Gaulle » vont à la messe et ça n’empêche pas les gosses de crever de faim, et les guerres et les Goulags… ? La colère me prend, et d’un coup disparaît la béatitude paisible qui m’enveloppait.
Pourtant, tout change dans mes valeurs ; moi, qui mangeait de la viande deux fois par jour, je n’ai plus envie que de légumes ; moi qui était si friand de livres de la série noire, de romans-feuilletons, ça ne m’intéresse plus ; ni la montre d’un million, que je donne, ni l’argent, ni le sexe. Plus rien à foutre de tout ça. A la place, une sorte d’émerveillement pour des riens : un rayon de soleil au travers des barreaux, une fourmi vivante sur le sol, la timide gentillesse de Didier. Mille petits bonheurs dans l’enfer de la taule qui me donnent le sentiment d’accéder à une liberté nouvelle, malgré les murs crasseux, l’absurde de l’enfermement. Même les matons, — comme si l’hostilité, le ressentiment étaient tombés — deviennent des hommes comme les autres.
Je me surprends, indépendamment de moi, à leur dire « bonjour », « merci, surveillant » avec douceur.
Oui, une liberté nouvelle… comme si s’était défaite d’un coup la cuirasse que je m’étais fabriquée depuis des années, d’intolérance, de certitude, de violence pour me défendre d’une faiblesse qui m’aurait mis à la merci de tous ceux que je considérais comme des pauvres mecs et que j’éprouve maintenant comme des frères.
Enfin, libre d’aimer…
Philippe Maillard & Jacky van Thuyne, Le rebelle, cerf, 1988.
Publié dans Récits d'éveil |
Mercredi 12 mars 2008

AU PRINTEMPS DE L’ÉTERNITÉ
En juillet 1976, je feuilletais le Tao-Te-King (traité sur le Principe et son action), ouvrage chinois de Lao-Tseu, écrit voici vingt-cinq siècles, dont le sujet évoque le Principe originel ou Tao et sa force productive, Teï, mère de l’univers.
Cette approche du monde fut tellement inédite pour moi que je perdis tous mes repères intérieurs et fus jeté, vide, sur la rive de l’inconnaissable. Je posai le livre et, par la fenêtre, contemplais le crachin monotone bruinant sur l’église Saint-Mathieu à Quimper, quand soudain l’éveil me saisit. La pensée s’arrêta. Dans ce corps figé, une immobilité intérieure totale se fit. Un silence insondable m’engloutit. Un flot transparent de conscience et d’amour imprégnait tout dans le champ de vision. On ne sentait aucune mesure, aucune limite, aucune séparation. Instant absolu d’atemporalité. Plénitude, béatitude, liberté, plus rien ne manquait…
Et d’écrire : Je pleure d’une immense joie : le ROC est touché. Croyant nager à la recherche du rocher salvateur, voici que je SUIS ce rocher. Dans cette recherche, je courais à l’Être. La paix est au Non-Être, pas théoriquement, mais vraiment : quand je ne suis plus rien, alors je peux être un avec tout; immobile dans la course, immobile dans l’amour. Non-agir… pour mieux agir… Non-aimer pour mieux aimer. Que de vérité!
Je me demandais pourquoi l’humilité? Et aujourd’hui c’est clair : n’être rien. Être devenu rien, tout s’accomplit à travers ce corps-ci, sans l’interférence de la personne peureuse et désireuse. La vie éclate alors de ses milles énergies!! Le cauchemar est fini. Le temps est arrêté, à présent, laid ou beau, riche ou pauvre, sain ou malade, que reste-t-il pour souffrir encore ? Personne.
Tant et tant de préceptes, de commandements, de permissions et surtout d’interdits, de dualités pavaient mon chemin intérieur que le Tao-Te-King, dans sa limpidité naturelle est venu volatiliser tous ces conditionnements, Relier les paires de dualités, le chaud parce que le froid, le mal parce que le bien, le bien parce que le mal, le riche parce que le pauvre, le plaisir parce que la souffrance, le désir parce que la peur, la peur parce que le désir… tout cela s’est articulé dans cette conscience brusquement infinie pour ne laisser qu’un champ vierge et transparent, une lumière intérieure doucement teintée d’amour, de compassion, d’une subtile radiance bienveillante, d’un sentiment de totale perfection.
Un rire joyeux se jouait de mes lourdes tentatives de comprendre Cela, l’inaccessible, de mes méditations préhensives qui voulaient forcer la porte du Nirvana. Il n’y a que l’abandon, le si mal compris et surexprimé «lâcher-prise» qui ouvrent la porte du Nirvana, en effet. Mais je vous avoue que je n’étais pas vraiment dans une démarche de lâcher-prise, mais juste concentré à comprendre cette dualité. Et c’est l’assemblage du puzzle duel qui me révéla (ce que je ne savais pas encore se nommer) la Non-Dualité. Le Tao m’était si nouveau à l’esprit que nul réseau ne venait enchaîner un envol vers l’inconditionné. Comment un tel esprit venait-il d’être touché par la Grâce? Peut-on seulement parler de Grâce? N’est-ce pas simplement le Hasard?…
Cet Éveil semble sans cause, tellement loin de notre volonté et de nos capacités individuelles. Oui, on ne peut que constater sa propre impuissance en face de Cela. Mon regard était neuf, tel un nouveau né. Une nouvelle naissance, oui; on peut dire cela. Et ce poids du passé, tous ces conditionnements sont soufflés comme une simple bougie par l’Éveil Soudain. Mille ans d’erreur sont dissipés en une seconde… Quel jeu, cette vie… Comme dit le Shin Jin Mel, «une fleur de vacuité… pourquoi souffrir pour saisir cette illusion ?»
La particularité de cette révolution intérieure est qu’elle est incompréhensible. Ce que l’on cherche est ce que l’on EST depuis l’origine, sans le savoir, mais plus bizarrement encore, elle se livre dans un non-savoir, dans un vécu qui déconnecte toute tentative d’analyse et de compréhension intellectuelle. «On» ne comprend rien. Réellement. Cela se saisit Soi-même dans une Union parfaite et absolue. Aucune trace d’illusion. Aucune trace d’ignorance non plus. Plus aucune ombre de Cela. Les tribulations humaines semblent des rêves d’enfants dans une cour d’école. Si le temps arrêté nous délivre de l’âge, il nous livre l’alpha et l’oméga de tout ce qui est et sera à jamais. Nous sommes enfin libres de ne rien faire. Il n’y a plus rien vers quoi tendre. Quelle paix! Mais quelle peur pour les troublions de l’activisme impénitent!! Il faut souvent qu’ils tombent pour entrevoir cette voie du milieu, du non-savoir, du non-être, du non-devenir et du non-agit…
Tiré de «Le bonheur est en Soi» (version 30/1/2005), anonyme
Publié dans Récits d'éveil |
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