LA TRANSCENDANCE
Samedi 20 décembre 2008Sokei-An Roshi
Les gens me demandent parfois : «Sokei-an, vous qui connaissez le monde de la transcendance, qui y demeurez continuellement, comment vivez-vous cela ?»
Ă€ quoi je rĂ©ponds : «J’avais dans les vingt ans quand j’ai pĂ©nĂ©trĂ© dans le monde de la transcendance pour ne plus en ressortir, et j’ai assez peu l’expĂ©rience de l’autre monde.
Comment ai-je accĂ©dĂ© Ă la transcendance ? Je vous dirai la vĂ©ritĂ© : Un jour, j’ai effacĂ© toutes les reprĂ©sentations de mon esprit. J’ai renoncĂ© Ă toutes les convoitises. J’ai Ă©cartĂ© tous les mots avec lesquels je pensais, et mon esprit s’est immobilisĂ©.
Une sensation quelque peu Ă©trange s’est alors emparĂ©e de moi – comme si j’avais Ă©tĂ© portĂ© quelque part ou que j’avais Ă©tĂ© mis en contact avec une puissance inconnue de moi. J’Ă©tais venu proche de cet Ă©tat antĂ©rieurement, j’en avais eu l’expĂ©rience Ă plusieurs reprises, mais chaque fois j’avais secouĂ© la tète et Ă©tais parti en courant. Cette fois-lĂ , je dĂ©cidai de ne pas m’en Ă©loigner et, pfft ! j’y fus. Mon corps devint sans frontières. Naturellement, la peau Ă©tait toujours lĂ , mais le corps s’Ă©tendait jusqu’aux confins de l’univers.
Je m’Ă©loignai de deux, trois ou quatre mètres, mais restais au centre du cosmos. Je parlais, mais les mots avaient perdu tout sens. Je voyais les gens s’approcher de moi, mais tous Ă©taient le mĂŞme homme, c’est-Ă -dire moi-mĂŞme ! J’avais cru avoir Ă©tĂ© créé, mais j’ai dĂ» changer d’avis : je n’ai jamais Ă©tĂ© créé, je suis le cosmos, il n’existe aucun individu rĂ©pondant au nom de Sasaki.
Je me prĂ©sentai devant mon instructeur. Il me regarda et dit : «Raconte-moi ta nouvelle expĂ©rience, ton entrĂ©e dans le monde de la transcendance». Lui aurais-je rĂ©pondu, eus-je dit un seul mot, j’aurais Ă©tĂ© repoussĂ© de nouveau hors du monde dans lequel je venais de pĂ©nĂ©trer. Je regardai mon instructeur. Il souriait. Lui non plus ne prononça mot… Une seule clĂ© donne accès au monde de la transcendance. Je ne puis vĂ©hiculer l’expĂ©rience en un mot unique, mais peut-ĂŞtre en deux, Ă savoir «transe Ă©clatante». Dans cette transe, Ă la limpiditĂ© d’un cristal, l’on est projetĂ© dans le monde de la transcendance, sans que l’on y prenne garde. Cela se passe en un clin d’Ĺ“il ; en un clin d’Ĺ“il la vision se transforme du tout au tout.
Alors on comprend pourquoi les hommes construisent des églises, chantent des hymnes et font des choses singulières.
In Shigetsu Sasaki Sokei-an-Roshi, Sokei-An’s Ubertragung lies Zen – traduit en Français dans Le grand livre des symboles, Éditions MĂ©dicis. Vu sur le site Éveil Impersonnel http://eveilimpersonnel.blogspot.com/2007/08/le-monde-de-la-transcendance-sokei.html


