" Pour réaliser ce qui vous tient vraiment à coeur, VOUS ! "
La spiritualité commence où finit l'ego.
-- Gilbert Anken
La Vérité est un pays sans chemins, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit: aucune religion, aucune secte.
-- J. Krishnamurti
Quelle est votre nature réelle?
Est-elle d'écrire, de marcher ou bien est-elle tout simplement d'être?
La réalité unique et inaltérable est le fait d'être.
Tant que vous n'aurez pas réalisé ce niveau d'être à l'état pur, vous devrez poursuivre votre enquête.
-- Ramana Maharshi
Comme il est difficile de se désolidariser de soi! Il faut le faire sans un adieu, sans se retourner, avec le sourire de l’ami qui va bientôt retrouver le moi comme un prolongement de Soi, et vivre avec lui, dans l’acceptation pure et simple de sa merveilleuse... absence.
-- Roger Quesnoy
Le sage n’est pas celui qui sait résoudre les problèmes, mais celui qui sait ne pas les créer.
-- Auteur inconnu
Après tout, qu'est Dieu ? Un éternel enfant jouant un jeu éternel dans un éternel jardin.
-- Sri Aurobindo.
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15 juillet 2008

Corinne m’a fait parvenir ce trĂšs joli texte. J’ai le goĂ»t de le partager avec vous. Vos commentaires sont toujours les bienvenus.
La percĂ©e du cĆur
Il y a deux ans, je suis tombĂ©e amoureuse. Cet amour Ă©tait si puissant quâil me semblait ĂȘtre en prĂ©sence de Dieu. Du reste, je devais effectuer pour cet homme des recherches sur le conte du Petit Poucet qui mâont renvoyĂ©e Ă la mention : “le petit homme qui naĂźt dans la caverne du cĆur”. Il Ă©tait celui-lĂ , mon ami le plus intime, l’autre “moi” de mon cĆur”.
MalgrĂ© son indiffĂ©rence insoutenable, il possĂ©dait la vertu de mâunifier, comme si Ă son contact, je renouais avec lâautre part inconnue de moi-mĂȘme. La nature de cet amour Ă©tait platonique.
Lâeffet Ă©tait puissant, magique. Je le sentais chimiquement.
Chaque fois que je subissais une lourde épreuve, le fait de me relier à lui contribuait à me remettre sur pied.
Un jour, jâai subi un choc terrible de la part dâun homme cynique et mĂ©chant. Ce traumatisme, devait ĂȘtre la condition prĂ©alable Ă lâexpĂ©rience qui sâen est ensuivie puisquâil mâa fait toucher le vide. Câest en « touchant » ce rien que lâoccasion mâa Ă©tĂ© donnĂ©e de contacter mon essence. Mais la condition Ă©tait que lâhomme que jâaime soit en lien avec moi. HĂ©las, ce lien mâa fait dĂ©faut pour que lâexpĂ©rience parvienne Ă un point de non retour. Mon chagrin, mon dĂ©sespoir, maintes tribulations ont eu raison de cet effet prodigieux.
Voici à peu prÚs comment les choses se sont déroulées
Alors que jâĂ©tais dĂ©sertĂ©e de moi-mĂȘme, en proie Ă ce vide, jâai commencĂ© de ressentir, Ă peine, une chose infiniment petite, Ă peine sensible, un presque rien, un remuement sous la surface, un grain si humble qui naĂźt dâune nouvelle terre.
Ce processus a dĂ» mettre des jours. Je sentais que quelque chose voulait Ă©clore. Je me rappelle maintenant quâil y avait un Ă©lan dĂ©sespĂ©rĂ© chez moi parce que je ne supportais plus la moindre conversation terre Ă terre, la moindre banalitĂ©. JâĂ©tais aussi sensible que la princesse sur le poids. Jâaspirais de toutes mes forces Ă la spiritualitĂ© et me dĂ©battais tel quelquâun qui sâasphyxie sâil ne prend pas de lâaltitude. Jâen arrive Ă prĂ©sent au moment oĂč la chose sâest enfin produite et qui remonte au dĂ©but de cette annĂ©e.
Ouvre ton cĆur comme le chas dâune aiguille, dit le Talmud, et Je tâouvrirai les portes du Sanctuaire.
Jâavais la nette impression que mon cĆur Ă©tait percĂ©, quâil en Ă©manait un parfum qui remontait jusquâĂ ma bouche. Je lâai nommĂ© Ă©lixir en concevant quâil Ă©tait le rĂ©sultat de mes souffrances, de mes douleurs transmutĂ©es par lâeffet dâune lumiĂšre dont jâignore la provenance mais qui sâactivait chaque rare fois oĂč je pouvais contacter, mĂȘme indirectement, lui, que jâavais Ă©lu comme mon alter ego.
LâĂ©lixir. Jâen ai le goĂ»t, câest dense et parfumĂ©. Je me dis : « VoilĂ lâhomme ». Câest une rĂ©ponse Ă ma quĂȘte de lâhumain. Lâhumain est lĂ dans sa mission ontologique : transformer, transcender, donner du sens, relier le haut et le bas, en constituant par lui-mĂȘme le lieu de la rencontre des opposĂ©s. Cette vĂ©ritĂ©, je la vis, je lâexpĂ©rimente.
Je me ressens pareille Ă un petit enfant qui vient de naĂźtre dâune nouvelle terre vierge. Je vais essayer de transcrire au mieux le dĂ©roulement.
La moindre pensĂ©e, la moindre perception, active lâeffet dâun parfum qui est comme le rĂ©vĂ©lateur de lâĂąme des choses. Lâenfant que je suis peut contacter lâenfant au cĆur de chaque chose, de chaque ĂȘtre et communier avec lui. Je comprends alors que nous percevons le monde Ă la mesure de ce que nous sommes. Tout ce que je vais percevoir, en le reconnaissant, je prendrai immĂ©diatement conscience que je le suis⊠je deviens ce que je vois. Par exemple, si je mâextasie Ă la vue dâun arbre, je dĂ©couvre que je suis moi-mĂȘme arbre, lâarbre je le contiens, il est moi en partie et entiĂšrement quand je le vois en tant que tout. Je suis ce que jâaime, et jâaime tout ce qui est. Je suis tout ce qui est.
Un triple mouvement me fait monter autant que descendre, autant que m’Ă©tendre. Le vertical, lâhorizontal, et en leur croisement, ce centre, une source, dâoĂč je ne cesse de puiser pour naĂźtre et croĂźtre dâinstant en instant. Or, jâai besoin de lui car il assure la ligne horizontale afin de maintenir lâĂ©quilibre. Je suis pareille Ă une fleur, spĂ©ciale, constituĂ©e dâun cĆur nommĂ© le Merveilleux, et de cinq pĂ©tales : Amour, BeautĂ©, VĂ©ritĂ©, Connaissance, Intelligence. Câest au moyen de ces valeurs que je vais lire le monde dĂ©sormais. Tout est petit, Je suis moi-mĂȘme lâenfant que je cherche, heureux et libre, au cĆur de toute chose, derriĂšre les voiles grossiers des apparences.
Câest extraordinaire et si simple ! Tous les opposĂ©s, les contraires, le haut et le bas, le grand et le petit, lâenvers et lâendroit, trouvent ici leur lieu de rĂ©conciliation et sâharmonisent. Je suis tout en petit. Masculine autant que fĂ©minine, je suis androgyne, je le sens ! Jâacquiers de plus en plus de puissance, en restant liĂ©e Ă la source câest ainsi que je ne perds jamais lâhumilitĂ©. Lâintelligence est vive, concentrĂ©e, intuition pure. Pourtant, elle raisonne, Ă sa maniĂšre. Je saisis dâabord le principe et ce principe se vĂ©rifie en toute chose selon la loi dâanalogie.
Il y a lâessence et en son cĆur la quintessence. Le Merveilleux. Tout se donne Ă ma comprĂ©hension Ă travers les symboles et les archĂ©types. Ce ne sont plus les concepts froids de mon adolescence quand alors, je mâefforçais de remonter aux premiers principes, par une voie sĂšche, purement mentale. Ce sont des idĂ©es vivantes, denses, chargĂ©es de rosĂ©e, lâintelligence est intuitive, synthĂ©tique et inductive. Une formidable intelligence, du gĂ©nie pur. Ma densitĂ© et ma grĂące sont telles quâelles mâĂ©voquent lâimage dâune colombe animĂ©e dâune puissance dâaigle. Je suis moi-mĂȘme symbole, je suis archĂ©type. Je suis dans la trame, je suis la trame. Tout se correspond, tout se rĂ©pond, tout se reflĂšte et se contient. Mes pensĂ©es sont douces, rapides, toujours reliĂ©es Ă la source intime, nourries dâĂ©lixir, elles pĂ©nĂštrent chaque Ă©lĂ©ment, par transparence.
Câest la vision dâun Enfant, depuis le monde de lâEnfance. Je suis dans lâEssence des Choses. Je pourrais, jâen suis sĂ»re communier avec lâĂąme du murmure du vent, de la plus lĂ©gĂšre brise, devenir lâamie intime de lâinfime, vulnĂ©rable et fragile qui recĂšle une puissance infinie, insoupçonnable. Câest une huile essentielle autour et en mon cĆur qui pense, dâoĂč naissent des idĂ©es pures, suaves et puissantes, Ă lâimage de ce que je suis devenue.
Dans lâIdĂ©e, câest une clartĂ© dâaurore, au goĂ»t de rosĂ©e. Câest la naissance du jour, câest le premier matin. Un Enfant naĂźt dans le monde.
Je puis tout lire, tout comprendre, tout connaĂźtre avec lâĆil du cĆur.
Tout ce que je perçois, devine, ressens, comprends, nâest rien dâautre que moi. Oui, câest bien moi, mais magnifiĂ©e, idĂ©ale, divine et humble. Est-ce possible ? C’est depuis moi que je lis le monde. Microcosme Ă l’image du Macrocosme. Tout cela est bien rĂ©el.
Je vais tĂącher dâexpliciter ce qui continue de se donner Ă moi, toujours par le mode inductif, par le symbole.
Chaque Ă©lĂ©ment, petit ou grand recĂšle lâunivers entier parce quâil contient Dieu. De ma sphĂšre enfantine, câest le Dieu enfant, enveloppĂ© dans la matrice, toujours le mĂȘme, celui qui nous appelle, qui nous soutient, qui nous porte que nous portons. Il nây a quâun Dieu, en entier dans le grain de sable, Ă la maniĂšre dâun grain de sable, en entier dans une goutte dâeau Ă la maniĂšre dâune goutte dâeau. Câest la variation infinie, multidimensionnelle, dâun thĂšme unique.
LâidĂ©e centrale et merveilleuse qui en ressort, que jâai gardĂ©e entre toutes, câest la possibilitĂ© de changer le passĂ©, le prĂ©sent peut-ĂȘtre le futur : en revenant au cĆur du souvenir par le parfum Ă lâinstar du goĂ»t de la madeleine, on communie avec lâenfant qui rĂ©side au cĆur du cĆur, Ă©tincelle dâor, ou pur cristal. Câest lâEternitĂ©. Il illumine dâun jour nouveau toutes les couches de lâĂ©vĂ©nement ainsi, le rectifie, ainsi, le restitue dans son essence, voilĂ ce quâil est dans sa perfection, ainsi tu obtiens la RĂ©demption. Câest la voie des Artistes.
Avec lâĆil du cĆur, lâĆil de lâĂąme, tu comprends que ta vie, toutes les vies sont une Ćuvre dâart.
Toute cette aventure sâest vĂ©cue dans une joie pure, proche de lâextase, Les portes de mon cĆur ouvertes, je pouvais mâĂ©lancer tel un oiseau, infiniment libre, infiniment heureux. Câest le bonheur.
Merci de me permettre de partager cette expérience avec vous.
Corinne
Publié dans Récits d'éveil |
12 juillet 2008

Image de Don Paulson
Chers amis,
Ăa fait dĂ©jĂ une semaine que je suis rentrĂ©e Ă la maison suite Ă un voyage de trois semaines en France. Tous les matins je me lĂšve en me disant «aujourd’hui, je vais vous Ă©crire» . Et Ă chaque jour je suis en panne d’inspiration. Il me semble que je n’ai rien Ă dire. Alors je vous Ă©cris pour vous dire que je n’ai rien Ă dire
Ma vie et simple, trĂšs simple, tellement simple. Parfois des contrariĂ©tĂ©s se pointent, puis elles disparaissent. Parfois j’ai un sentiment d’unitĂ© avec tout ce qui est, puis ça s’en va. Je suis parfois contemplative et remplie de gratitude puis aprĂšs j’ai faim. Et je mange. Alors que dire ?
Ces derniĂšres semaines, il m’a semblĂ© que la spiritualitĂ© a perdu tout attrait. Comme si ça ne me regarde plus. Je vis ma vie comme une enfant de 5 ans, sans prĂ©occupation et sans dĂ©sir.
Juste comme ça.
Je vis.
Je vois mĂȘme des aspects de ma vie qui s’Ă©taient amĂ©liorĂ©s et qui sont redevenus comme avant. Par exemple, j’Ă©tais moins coquette depuis quelques annĂ©es. Et bien, ma coquetterie est revenue comme elle Ă©tait avant. Tant pis. Mon alimentation avait changĂ©, et bien elle est presque revenue comme avant. Magnifique, je digĂšre tout maintenant !
J’ai achetĂ© plusieurs livres passionnants sur la spiritualitĂ© et je n’ai plus envie de lire quoi que ce soit. Je n’ai mĂȘme plus «envie» d’ĂȘtre dans le moment prĂ©sent. Je peux ĂȘtre dans ma tĂȘte et c’est ok. Plus de performance spirituelle. CongĂ©. Pour combien de temps ? Je n’en sais rien…
Suis-je encore dans la performance spirituelle en Ă©crivant cela ? Peut-ĂȘtre. Et puis aprĂšs…
Ăa me fait bizarre. En Ă©crivant, une petite peur se pointe. Le vide est encore plus vide. Plus aucun attrait. Il fait noir. Plus rien Ă quoi se raccrocher. RIEN. C’est vivant, mais vide. Suis-je en dĂ©pression ? Peut-ĂȘtre. La pression a lĂąchĂ©… Que va-t-il se passer? On verra…
Il y a une chose qui est restĂ©e intacte. Rester en contact avec vous. J’apprĂ©cie vos partages, vos idĂ©es, vos tĂ©moignages. Vous avez envie de partager vos fabuleuses prises de conscience ou la banalitĂ© de votre vie ? Faites-le, ça nous intĂ©resse. C’est la raison d’ĂȘtre de ce blog. Un lieu d’Ă©change sur la spiritualitĂ©, ou sur l’absence de spiritualitĂ©;-)
Quoi qu’il en soit, Il est toujours lĂ .
Douce bise,
Claudette
Publié dans Entre nous |
15 juin 2008
Chers amis (e)
Comme je serai en France pour donner des ateliers durant les prochaines semaines, je ralentirai lĂ©gĂšrement le rythme de mes activitĂ©s comme modĂ©rateur et animateur de ce blogue. Je crois pouvoir vous rejoindre sur le blogue aux deux ou trois jours plutĂŽt qu’Ă chaque jour. Continuez d’Ă©crire, tant de gens me disent en privĂ© combien ils se ressourcent de vos questions et commentaires.
J’en profite pour vous remercier de partager avec autant de gĂ©nĂ©rositĂ© et d’authenticitĂ©.
Bien affectueusement,
Claudette

Publié dans Entre nous |
6 juin 2008

Voici un texte que j’ai pris la libertĂ© de titrer DISPARITION DE L’OBSERVATEUR. Ce texte est tirĂ© du livre «Transmettre la lumiĂšre» de Jean Klein, Ăditions du ReliĂ© 2005. Vos commentaires sont les bienvenus.
A. Je pense que mon problĂšme est de ne pas arriver Ă faire cesser la ronde des pensĂ©es. Je pense que l’observateur est une pensĂ©e, mais cela est une autre pensĂ©e, et c’est un concept de plus.
JK. Au moment oĂč vous faites ce constat, sortez de l’objet, de l’idĂ©e d’observateur ou du sentiment d’ĂȘtre un observateur, et sentez vous dans la vision seule. Je dirais mĂȘme sentez vous derriĂšre vous-mĂȘmes! En un sens, cela ressemble d’abord Ă une localisation derriĂšre, Ă la base de votre crĂąne.
A. Je vois bien cela, mais aussitĂŽt je le conceptualise.
JK. Vous ne devez pas, vous devez le ressentir comme une perception globale
A. Qu’arrive t-il quand surgit immĂ©diatement la pensĂ©e “Maintenant je suis derriĂšre”?
JK. Toutes les pensĂ©es sont dans le front, aussi ne pouvez vous pas ĂȘtre derriĂšre et en mĂȘme temps penser “Je suis derriĂšre”. En vous percevant derriĂšre, vous percevez une extraordinaire Ă©nergie. Cette Ă©nergie n’est pas le courant qui frappe le cerveau et forme un concept. Elle demeure Ă©nergie. Elle n’aboutit pas Ă une formulation: “Je suis ceci ou cela”.
A. Donc il y a conscience d’une Ă©nergie dans sa globalitĂ©, mais il n’y a pas de pensĂ©e?
JK. Absolument. ComplÚte absence de toute pensée.
A. Mais il y a encore le dĂ©sir de s’approprier cette Ă©nergie, de faire quelque chose avec elle, de la pousser vers une fonction…
JK. Vous demeurez le maĂźtre de cette Ă©nergie, en un certain sens elle est encore orchestrĂ©e par vous. Vous ĂȘtes conscient qu’elle ne glisse pas vers une conceptualisation. Il est important pour vous, Ă ce moment lĂ , de vous sentir derriĂšre vous-mĂȘmes. Ce sentiment d’ĂȘtre derriĂšre vous-mĂȘme peut se comparer Ă cette sorte de sensation tactile que vous Ă©prouvez, quand vous ĂȘtes assis lĂ , et que vous la laissez se dĂ©ployer au contact du mur qui est derriĂšre vous. Vous pouvez certainement le faire - non comme une idĂ©e mais comme une perception, comme une sensation. La sensation tactile rĂ©side plus ou moins Ă la surface, mais le sentiment de se percevoir derriĂšre, le sentiment dont je parle, est trĂšs puissant. Il peut subsister, pour une seconde, une certaine dualitĂ© - qu’il y a quelqu’un qui perçoit et quelque chose de perçu - mais tous deux disparaissent, et il ne demeure que la perception.
Publié dans Sagesse |
21 mai 2008
Ma totale absence : ma vraie présence
Musicologue de formation mĂ©dicale, Jean Klein a Ă©tĂ© gagnĂ© aux doctrines orientales par les livres de RenĂ© GuĂ©non. Câest au cours de longs sĂ©jours en Inde, auprĂšs de maĂźtres vivants, quâil rĂ©alisa lâĂ©vidence de sa vraie nature.
Ma premiĂšre et rĂ©elle prise de conscience se produisit Ă lâĂąge de neuf ou dix ans. Je pratiquais le violon et le chien gĂ©missait, gĂȘnant ainsi mon travail. Je saisis un objet et me mis Ă le corriger quand soudain, le bras levĂ©, je notai le regard du chien et compris ce que jâĂ©tais en train de faire. Ce fut la premiĂšre fois que je pris conscience de façon bipolaire, et de ma rĂ©action, et de lâimpact de ma rĂ©action. Je compris que ma rĂ©action provenait dâun sentiment de supĂ©rioritĂ© qui nâavait pas de raison dâĂȘtre. Lâeffet fut trĂšs fort. Plus jamais dĂšs lors je ne tombai dans ce piĂšge.
La premiĂšre perception de lâunitĂ© ou de lâĂ©veil Ă soi-mĂȘme se produisit vers dix-sept ans. Jâattendais un train par une chaude aprĂšs-midi. Le quai Ă©tait dĂ©sert et le paysage assoupi. Tout Ă©tait silencieux. Le train avait du retard, et jâattendais sans attendre, trĂšs dĂ©tendu et vide de toute pensĂ©e. Soudain un coq chanta, et ce son insolite me rendit conscient de mon silence. Ce nâĂ©tait pas le silence objectif dont jâĂ©tais conscient, comme cela arrive souvent quand on se trouve dans un endroit tranquille et quâun bruit soudain met en relief le silence environnant. Non, je fus projetĂ© dans mon propre silence. Je me sentis dans un Ă©tat de conscience au-delĂ des sons ou du silence. Plus tard, jâai Ă©prouvĂ© ce sentiment plusieurs fois. [âŠ]
Quel Ă©tait votre Ă©tat dâesprit dans cette pĂ©riode prĂ©-indienne ? Etait-ce le moment oĂč vous avez trouvĂ© une orientation, oĂč votre quĂȘte sâest davantage prĂ©cisĂ©e ?
Oui, parce que je nâavais trouvĂ© ni libertĂ© ni paix dans les objets et les situations, jâen vins Ă cesser dâaccumuler connaissances et expĂ©riences et je fus conduit Ă une quĂȘte trĂšs profonde : Comment puis-je rencontrer lâaccomplissement sâil ne passe pas par les objets ? Jâai vĂ©cu longtemps avec cette question, dans un Ă©tat de non-connaissance.
Il se produisit un abandon de tout ce qui nâĂ©tait pas essentiel, de tout ce qui ne se rapportait pas Ă la beautĂ© intĂ©rieure, Ă la libertĂ© intĂ©rieure. Je ressentais Ă©normĂ©ment dâĂ©nergie et de luciditĂ© dans cette pĂ©riode. Cela a apportĂ© une joie de vivre, un enthousiasme pour la vie et une grande ardeur dans la recherche. Cela a Ă©veillĂ© en moi le dĂ©sir dâĂȘtre Ă©tabli dans cet Ă©tat de non-connaissance, et de trouver une aide dans cette quĂȘte. [âŠ]
Ainsi tandis que vous Ă©tiez un disciple de Pandiji, vous nâavez jamais Ă©tĂ© attirĂ© vers dâautres maĂźtres pour plus de clartĂ© ?
Il nây avait aucun dĂ©sir en moi pour cela. Je nâĂ©tais pas allĂ© en Inde pour trouver un maĂźtre. Câest le maĂźtre qui mâa trouvĂ©. Il nâexiste quâun seul maĂźtre. Jâen vins rapidement Ă la conviction quâil nây a rien Ă enseigner et que ce que nous cherchons nâappartient Ă aucun enseignement, ni Ă aucun « maĂźtre ». Aussi pourquoi chercher quelquâun ? Câest la prĂ©sence du guru qui montre quâil nây a rien Ă enseigner parce que le maĂźtre est Ă©tabli dans le « je suis ». Ainsi ai-je pris conscience que câest seulement le « je suis », et non un esprit ou un corps, qui peut vous amener au « je suis ».
Combien de temps avez-vous passé ainsi à voir Pandiji ?
Environ trois ans.
Ensuite vous avez quitté Bangalore pour Bombay ?
Oui, je suis parti visiter le pays.
Et câest durant ce sĂ©jour quâeut lieu lâillumination ?
Oui. Il y eut abandon complet de lâĂ©tat conditionnĂ© et Ă©tablissement dĂ©finitif dans lâĂ©tat inconditionnĂ©, sans rĂ©sidu. LâĂ©veil se dĂ©ploya pleinement et je me perçus dans la globalitĂ©.
Cela vous était-il arrivé auparavant ?
Non. Il y avait eu des Ă©clairs, mais lĂ , câĂ©tait plus quâun Ă©clair. Il nây avait pas de retour en arriĂšre possible. Jâavais trouvĂ© mes vrais fondements [âŠ]
En raison de la qualitĂ© de la transmutation, il ne subsistait aucun doute que je puisse jamais ĂȘtre repris par la dualitĂ©, et cela se confirma dans les jours et les semaines qui suivirent. Je sentis une rectification dans mon corps et dans mon cerveau, comme si toutes les parties avaient trouvĂ© leur juste place, leur position la plus confortable. Je vis tous les Ă©vĂšnements quotidiens apparaĂźtre spontanĂ©ment dans le non-Ă©tat, dans ma totale absence, dans ma vraie prĂ©sence.
Jean Klein, extraits du prologue, Transmettre la LumiĂšre, Ăd. du ReliĂ©, 1993.
Publié dans Récits d'éveil |
7 mai 2008

J’ai choisi ces magnifiques roses pour symboliser les 4 Ă©tapes de la rĂ©alisation afin d’ illustrer le fait que, comme pour les roses, chaque Ă©tape du processus nous offre l’occasion de dĂ©couvrir un aspect diffĂ©rent de la beautĂ© de qui nous sommes. Lorsque nous sommes sans jugement, dans l’accueil inconditionnel de ce qui est, nous nous retrouvons Ă la Source, conscient de notre nature vĂ©ritable, en paix et unifiĂ©.
Jack Kornfield nous prĂ©sente dans son livre «AprĂšs l’extase, la lessive» une des cartes de lâĂ©veil les plus connues dans le bouddhisme : la tradition Theravada des AĂźnĂ©s du Sud-Est asiatique. Cette carte dĂ©crit lâĂ©veil en quatre Ă©tapes successives dites de notre ” noble rĂ©alisation “. Chacune dâelle conduit Ă un nouveau degrĂ© de libĂ©ration.
1.La premiĂšre est appelĂ©e :” Entrer dans le courant. ”
” Cette entrĂ©e dans le courant survient lorsque nous goĂ»tons pour la premiĂšre fois la saveur de libertĂ© absolue de lâĂ©veil : une libertĂ© du cĆur, au-delĂ de toutes les conditions mouvantes du monde. ”
2. La deuxiĂšme Ă©tape : ” Revenir encore. ”
” MĂȘme lorsque nous avons vu la vĂ©ritĂ©, de plus amples purifications demeurent nĂ©cessaires pour transformer notre caractĂšre et intĂ©grer cette nouvelle comprĂ©hension de la vie. Ainsi commence ce voyage, allant de lâentrĂ©e dans le courant jusquâĂ la seconde Ă©tape, â Revenir encore â. Par un processus profond qui demande souvent de nombreuses annĂ©es, nous dĂ©couvrons et Ă©vacuons nos habitudes les plus grossiĂšres de saisie et dâaversion qui recrĂ©ent ce sentiment dâun soi plein de peurs et de limites. Atteindre la deuxiĂšme Ă©tape requiert une attention constante, sensible Ă la souffrance qui survient lorsque nous nous accrochons Ă nos dĂ©sirs et Ă nos peurs, Ă nos idĂ©es et Ă nos idĂ©aux. ”
3. La troisiĂšme Ă©tape : ” Non-retour. ”
” Ă ce stade nous sommes dĂ©finitivement libĂ©rĂ©s de tout ce qui reste de dĂ©sirs, saisies, colĂšres et peurs; nous nâaurons plus jamais Ă retomber sous leur joug. Ceux qui progressent jusquâĂ cette troisiĂšme Ă©tape sont nombreux et ils y accĂšdent au terme dâun long processus consistant Ă demeurer profondĂ©ment dans le calme et la vacuitĂ©. ”
4. La quatriĂšme Ă©tape : ” Grand Ăveil. ”
” Arrive enfin la quatriĂšme Ă©tape, la plus extraordinaire, appelĂ©e â Grand Ăveil â, dans laquelle les derniĂšres traces de saisies subtiles â Ă lâĂ©gard de la joie, de la libĂ©ration et de la mĂ©ditation elle-mĂȘme â disparaissent. Maintenant, sans les moyens dâidentification Ă un soi, lâindividu est libre de ses vestiges dâorgueil, de jugement, dâagitation, de sĂ©paration qui voilaient lâĂȘtre pur. Le rayonnement de notre vraie nature brille sans obstacle dans notre vie entiĂšre. ”
” Cette carte explique comment une personne, ayant expĂ©rimentĂ© lâĂ©veil manifeste et profond, peut encore se laisser emporter par lâaviditĂ©, la colĂšre et lâillusion. Une fois entrĂ© dans le courant â Ă©tape numĂ©ro 1 â, un individu peut donner des enseignements vraiment inspirĂ©s sur la rĂ©alisation et lâillumination et pourtant ne pas les vivre. Pour cette raison, des Ă©tapes ultĂ©rieures dâĂ©veil sont essentielles. [âŠ]
” Les signes concrets et les moyens de rĂ©alisation Ă©tant trĂšs divers, un dĂ©saccord important existe entre les AĂźnĂ©s Ă propos de lâentrĂ©e dans le courant. [âŠ] Ă lâintĂ©rieur mĂȘme dâun monastĂšre, il arrive que des maĂźtres se querellent entre eux pour savoir si un Ă©tudiant a vraiment obtenu ces rĂ©alisation ou pas.
” Mais il est encore plus difficile pour les Ă©tudiants dâobtenir des instructions prĂ©cises et sans ambiguĂŻtĂ© dĂšs quâil sâagit de suivre le chemin qui se situe au-delĂ de lâentrĂ©e dans le courant. Un enseignant bouddhiste avancĂ©, connu comme lâun des pratiquants occidentaux les plus expĂ©rimentĂ©s, mâa dit : â AprĂšs des annĂ©es de retraite, je me rendis en Birmanie. Le maĂźtre nous incitait au plus grand effort et jâexpĂ©rimentai de nombreux niveaux de visions qui mâamenĂšrent Ă une rĂ©alisation stupĂ©fiante du dharma (la voie bouddhiste). [âŠ] Comme je voulais savoir ce dont jâavais besoin pour atteindre cette deuxiĂšme Ă©tape, jâai essayĂ© de donner des rĂ©ponses directes aux nombreux maĂźtres mais toutes les rĂ©ponses Ă©taient Ă©tonnamment vagues et obscures. Pour finir, mon maĂźtre me raconta que, pour lui, la deuxiĂšme phase de pratique avait consistĂ© en une purification qui lui avait demandĂ© de nombreuses annĂ©es. Ce que je sais aujourdâhui, câest quâil faut continuer Ă suivre la direction du dharma, mais je ne suis pas sĂ»r que nous puissions savoir exactement Ă quel point nous en sommes arrivĂ©s et combien il nous reste Ă faire. â ”
AprĂšs lâextase, la lessive, sous-titre : Comment la sagesse du cĆur se dĂ©veloppe par la voie spirituelle. Jack Kornfiel aux Ăditions de la Table Ronde 2001.
Publié dans à propos de l'éveil |
22 avril 2008

Que doit-on penser de ces personnes qui ont eu une expĂ©rience d’Ă©veil puis l’on perdu ? Est-il possible de “perdre” l’Ă©veil ?
La seule chose que je puisse répondre est la suivante : tout éveil doit se convertir en réalisation de Soi.
Et la rĂ©alisation de Soi Ă©quivaut au Silence. Ce n’est pas une expĂ©rience car il n’y a pas d’expĂ©rimentateur. Ce qui seul prĂ©vaut alors est la Paix.
En ce ‘lieu’ que j’appellerais LibertĂ©, il n’y a personne. MĂȘme le guru a disparu. Ce qui reste est le Soi non-manifestĂ©, seul vĂ©ritable guru, et il n’est pas diffĂ©rent de vous-mĂȘme.
Normalement, une personne qui perçoit sa vĂ©ritable nature doit se laisser absorber par elle et n’en plus ressortir. Ce qui se passe en pratique, c’est que les prĂ©dispositions (que les indiens appellent ‘vasanas’) sont trĂšs puissantes et ressurgissent. Dans ce cas un travail complĂ©mentaire doit ĂȘtre accompli jusqu’Ă ce que l’expĂ©rience se stabilise. Ramana Maharshi lui-mĂȘme a souvent fait observer que jñaña peut mettre du temps avant de se stabiliser.
La raison la plus apparente aux mĂ©saventures que vous mentionnez provient du fait qu’Ă©veil veut tout simplement dire dĂ©couverte que la vie de l’Ă©tat de veille est un rĂȘve, qui inclut en fait le ‘je’. Lorsque ce mĂȘme ‘je’ se croit Ă l’extĂ©rieur du rĂȘve (alors qu’il en fait partie) il travestit en quelque sorte l’expĂ©rience pour la rĂ©cupĂ©rer Ă son profit. Il se pose alors comme l’observateur de cet Ă©veil, usurpant en quelque sorte le rĂŽle du TĂ©moin, qui lui, ne fait pas partie du rĂȘve et dont la simple prĂ©sence ne constitue pas Ă proprement parler une observation.
Ainsi, ce qui arrive dans les cas que vous citez, c’est que l’ego tente de s’emparer de cette expĂ©rience et de dire, ‘je’ suis Ă©veillĂ©, ‘je’ suis rĂ©alisĂ©, ce qui est un non-sens total. C’est en fait l’erreur de croire que ‘je’ connais l’Ă©veil qui empĂȘche la stabilisation de cet expĂ©rience que l’ego va ensuite se mettre Ă rechercher, sans se rendre compte que c’est la fausse apprĂ©hension qu’il vient de gĂ©nĂ©rer qui a occasionnĂ© cette ‘perte’ apparente.
Ce qui est connu n’est donc pas l’Ă©veil mais un aperçu de l’Ă©tat naturel vĂ©ritable, car l’Ă©veil anĂ©antit justement l’illusion d’un ‘je’ faisant l’expĂ©rience de quoi que ce soit. Il ne peut donc ĂȘtre question de ‘perdre’ l’Ă©veil car Ă©veil veut dire justement que ‘je’ ne suis pas lĂ autrement que comme pure illusion.
Seule une puissante investigation au sujet de ‘Qui’ connaĂźt ou ne connaĂźt pas l’Ă©veil permettra au ‘je’ en question de rĂ©aliser qu’il n’est pas diffĂ©rent de Cela et qu’il n’y a donc pas d’Ă©veil Ă rechercher. Au moment mĂȘme oĂč il le rĂ©alise, le sens de la sĂ©paration disparaĂźt. Et lorsqu’il disparaĂźt, meurent avec lui les concepts qu’il gĂ©nĂ©rait, y compris ceux d’Ă©veil ou de rĂ©alisation.
L’illusion trĂšs tenace est de croire qu’il y a quelque chose Ă voir ou Ă expĂ©rimenter ! Or tout ce que vous pouvez voir et expĂ©rimenter est tout sauf l’Ă©veil ! L’Ă©veil est au contraire une non-expĂ©rience Ă la lumiĂšre de laquelle l’ego apparaĂźt comme fonciĂšrement non existant. Lorsque ceci est compris l’Ă©veil se mue en rĂ©alisation de soi.
Ainsi, lorsque le but est atteint, il n’y a personne pour le revendiquer. Le vĂ©ritable ‘Je’ demeure silencieux.
Seule demeure la Paix.
L’auteur souhaite garder l’anonymat
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11 avril 2008

La transformation spirituelle avec Raimon Panikkar
Raimon Panikkar est nĂ© le 3 novembre 1918 d’une mĂšre catalane et catholique et d’un pĂšre hindou. Câest un penseur de renommĂ©e internationale. Il a quatre-vingt-dix ans cette annĂ©e, a Ă©crit plus d’une cinquantaine d’ouvrages, parle douze langues, est titulaire de trois doctorats en chimie, philosophie et thĂ©ologie, et a enseignĂ© dans les plus prestigieuses universitĂ©s d’Europe, d’Inde et d’AmĂ©rique.âš Le magazine « Nouvelles ClĂ©s » (n°57) lâa interviewĂ© dans son ermitage des montagnes de Catalogne.
Nouvelles ClĂ©s : Et vous dites, dans vos derniers livres que notre civilisation est en train d’arriver face Ă un mur ou un ravin vertigineux qui, pour ĂȘtre invisible, n’en est pas moins rĂ©el. Comment ressentez-vous donc cette « fin d’un monde » qui est en train de se passer ?
Raimon Panikkar : Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une crise de plus. Nous sommes entrĂ©s dans LA crise. Tout nous y conduit : le pillage et la destruction de la planĂšte, le double fait que l’espace vital a cessĂ© d’ĂȘtre sacrĂ© et risque ainsi de n’ĂȘtre plus la demeure de l’homme, et que le psychisme de l’espĂšce humaine ne va bientĂŽt plus supporter le rythme effrĂ©nĂ© de notre train de vie. Quelque part nous pressentons que notre civilisation risque d’ĂȘtre sans avenir. Certains impatients voudraient lancer des rĂ©volutions pour crĂ©er un monde nouveau. Cela ne ferait qu’ajouter de la destruction Ă celle qui est dĂ©jĂ en cours. Ce qu’il faut, c’est une transformation. Et la transformation est surtout une affaire spirituelle.
Pourquoi tellement de gens ne croient-ils pas au concept d’un monde intĂ©rieur spirituel ? Car ils ne croient pas en eux-mĂȘmes. Je vais parler maintenant comme un Indien (rire) : si l’on dĂ©couvre la divinitĂ© en soi-mĂȘme, c’est-Ă -dire la dignitĂ© personnelle univoque, on dĂ©couvre la transcendance qui nous habite et nous dĂ©passe. Mais si je ne crois pas en moi-mĂȘme, je ne peux comprendre cela. Il nous faut nous transformer nous-mĂȘmes pour transformer le monde. La transformation commence avec l’idĂ©e, dĂ©jĂ ancienne chez les Grecs et les hindous, que l’homme est un microcosme. Donc qu’en chacun de nous le destin de l’humanitĂ© se joue. Nous ne sommes pas seulement une monade plus ou moins sĂ©parĂ©e des autres. Tout est en relation avec tout : on ne peut pas isoler une chose du reste. Cela va Ă©videmment Ă l’encontre de la science moderne qui veut toujours tout scinder et cataloguer : mais cet Ă©tat d’esprit, en outrepassant son gĂ©nie, nous a menĂ©s Ă la catastrophe. Il faut concevoir Ă prĂ©sent une pensĂ©e holistique, qui relie tout Ă tout, chaque chose Ă chaque autre chose, car la rĂ©alitĂ© ne se laisse pas couper en morceaux. Mais pour avoir cette conception globale, il ne faut pas bĂȘtement faire la somme de toutes les choses. Non, il faut crĂ©er une autre Ă©pistĂ©mologie, et pour rĂ©ussir cela, on ne peut pas sĂ©parer la mystique de la raisonâŠ.
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27 mars 2008

Le bouleversement
ArrĂȘtĂ© aprĂšs un affrontement sanglant Ă la frontiĂšre belge, suite Ă un cambriolage avec prise dâotage, Jacky van Thuyne, brute du âMilieuâ, boucher de mĂ©tier, est transfĂ©rĂ© Ă la SantĂ©. LĂ , un soir, il participe, avec mĂ©fiance, Ă une classique sĂ©ance de spiritisme qui lui rĂ©vĂšle un monde dont il ne voulait pas jusque-lĂ soupçonner lâexistence.
Je suis bouleversĂ©. Jusque-lĂ , jâavais eu un rapport ambigu Ă Dieu. Je niais avec force son existence, mais en mĂȘme temps je le refusais avec violence. Une fois, Sabine avait proposĂ© Ă Paul de faire une priĂšre ; je mâĂ©tais mis dans une colĂšre monstre « ArrĂȘte tes conneries ! Je tâinterdis de lui parler de tout ça ! On lui apprendra seulement Ă ĂȘtre gentille avec les gentils, et mĂ©chante avec les mĂ©chants.»
Et voilĂ quâau travers de ce que jâavais considĂ©rĂ© comme un jeu sans rĂ©elle importance, un « au-delà » surgissait dans ma vie, que je ne pouvais nier.
Je vais me coucher, trĂšs impressionnĂ©, et câest alors quâarrive la « chose »âŠ
Tandis que je dors profondĂ©ment, câest comme si « on » me rĂ©veillait avec prĂ©caution ; je me sens alors comme baignĂ© dâune incroyable douceur ; plus quâune douceur ; câest difficile Ă dire. Je suis lĂ , et je ne suis pas lĂ ; je me laisse envahir dans tous les membres, sans effort, ni physique, ni cĂ©rĂ©bral.
La matinĂ©e se passe dans une sorte dâabsence bienheureuse.
LâaprĂšs-midi, câest comme un voile, quelque chose de trĂšs lĂ©ger, Ă la hauteur du front, oĂč plutĂŽt dans le front, qui sâenroule, qui est enlevĂ©, de gauche Ă droite, en oblique. Jâai le sentiment de devenir intelligent, de comprendre. Jusque-lĂ , je ne pouvais exprimer ce que je ressentais et voilĂ que je trouve les mots facilement pour le dire. Câest le samedi, je connais trois jours dâune plĂ©nitude inouĂŻe. Je vis les contraintes quotidiennes dans une sorte de dĂ©tachement radical. HabitĂ©âŠ
Mais, le mardi matin, je me réveille et le vieil homme en moi retrouve sa hargne.
â Mais, alors, Dieu existe, et câest quand mĂȘme la merde ! Les « Giscard », les « De Gaulle » vont Ă la messe et ça nâempĂȘche pas les gosses de crever de faim, et les guerres et les Goulags⊠? La colĂšre me prend, et dâun coup disparaĂźt la bĂ©atitude paisible qui mâenveloppait.
Pourtant, tout change dans mes valeurs ; moi, qui mangeait de la viande deux fois par jour, je nâai plus envie que de lĂ©gumes ; moi qui Ă©tait si friand de livres de la sĂ©rie noire, de romans-feuilletons, ça ne mâintĂ©resse plus ; ni la montre dâun million, que je donne, ni lâargent, ni le sexe. Plus rien Ă foutre de tout ça. A la place, une sorte dâĂ©merveillement pour des riens : un rayon de soleil au travers des barreaux, une fourmi vivante sur le sol, la timide gentillesse de Didier. Mille petits bonheurs dans lâenfer de la taule qui me donnent le sentiment dâaccĂ©der Ă une libertĂ© nouvelle, malgrĂ© les murs crasseux, lâabsurde de lâenfermement. MĂȘme les matons, â comme si lâhostilitĂ©, le ressentiment Ă©taient tombĂ©s â deviennent des hommes comme les autres.
Je me surprends, indépendamment de moi, à leur dire « bonjour », « merci, surveillant » avec douceur.
Oui, une libertĂ© nouvelle⊠comme si sâĂ©tait dĂ©faite dâun coup la cuirasse que je mâĂ©tais fabriquĂ©e depuis des annĂ©es, dâintolĂ©rance, de certitude, de violence pour me dĂ©fendre dâune faiblesse qui mâaurait mis Ă la merci de tous ceux que je considĂ©rais comme des pauvres mecs et que jâĂ©prouve maintenant comme des frĂšres.
Enfin, libre dâaimerâŠ
Philippe Maillard & Jacky van Thuyne, Le rebelle, cerf, 1988.
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12 mars 2008

AU PRINTEMPS DE LâĂTERNITĂ
En juillet 1976, je feuilletais le Tao-Te-King (traitĂ© sur le Principe et son action), ouvrage chinois de Lao-Tseu, Ă©crit voici vingt-cinq siĂšcles, dont le sujet Ă©voque le Principe originel ou Tao et sa force productive, TeĂŻ, mĂšre de lâunivers.
Cette approche du monde fut tellement inĂ©dite pour moi que je perdis tous mes repĂšres intĂ©rieurs et fus jetĂ©, vide, sur la rive de lâinconnaissable. Je posai le livre et, par la fenĂȘtre, contemplais le crachin monotone bruinant sur lâĂ©glise Saint-Mathieu Ă Quimper, quand soudain lâĂ©veil me saisit. La pensĂ©e sâarrĂȘta. Dans ce corps figĂ©, une immobilitĂ© intĂ©rieure totale se fit. Un silence insondable mâengloutit. Un flot transparent de conscience et dâamour imprĂ©gnait tout dans le champ de vision. On ne sentait aucune mesure, aucune limite, aucune sĂ©paration. Instant absolu dâatemporalitĂ©. PlĂ©nitude, bĂ©atitude, libertĂ©, plus rien ne manquaitâŠ
Et dâĂ©crire : Je pleure dâune immense joie : le ROC est touchĂ©. Croyant nager Ă la recherche du rocher salvateur, voici que je SUIS ce rocher. Dans cette recherche, je courais Ă lâĂtre. La paix est au Non-Ătre, pas thĂ©oriquement, mais vraiment : quand je ne suis plus rien, alors je peux ĂȘtre un avec tout; immobile dans la course, immobile dans lâamour. Non-agir⊠pour mieux agir⊠Non-aimer pour mieux aimer. Que de vĂ©ritĂ©!
Je me demandais pourquoi lâhumilitĂ©? Et aujourdâhui câest clair : nâĂȘtre rien. Ătre devenu rien, tout sâaccomplit Ă travers ce corps-ci, sans lâinterfĂ©rence de la personne peureuse et dĂ©sireuse. La vie Ă©clate alors de ses milles Ă©nergies!! Le cauchemar est fini. Le temps est arrĂȘtĂ©, Ă prĂ©sent, laid ou beau, riche ou pauvre, sain ou malade, que reste-t-il pour souffrir encore ? Personne.
Tant et tant de prĂ©ceptes, de commandements, de permissions et surtout dâinterdits, de dualitĂ©s pavaient mon chemin intĂ©rieur que le Tao-Te-King, dans sa limpiditĂ© naturelle est venu volatiliser tous ces conditionnements, Relier les paires de dualitĂ©s, le chaud parce que le froid, le mal parce que le bien, le bien parce que le mal, le riche parce que le pauvre, le plaisir parce que la souffrance, le dĂ©sir parce que la peur, la peur parce que le dĂ©sir⊠tout cela sâest articulĂ© dans cette conscience brusquement infinie pour ne laisser quâun champ vierge et transparent, une lumiĂšre intĂ©rieure doucement teintĂ©e dâamour, de compassion, dâune subtile radiance bienveillante, dâun sentiment de totale perfection.
Un rire joyeux se jouait de mes lourdes tentatives de comprendre Cela, lâinaccessible, de mes mĂ©ditations prĂ©hensives qui voulaient forcer la porte du Nirvana. Il nây a que lâabandon, le si mal compris et surexprimĂ© «lĂącher-prise» qui ouvrent la porte du Nirvana, en effet. Mais je vous avoue que je nâĂ©tais pas vraiment dans une dĂ©marche de lĂącher-prise, mais juste concentrĂ© Ă comprendre cette dualitĂ©. Et câest lâassemblage du puzzle duel qui me rĂ©vĂ©la (ce que je ne savais pas encore se nommer) la Non-DualitĂ©. Le Tao mâĂ©tait si nouveau Ă lâesprit que nul rĂ©seau ne venait enchaĂźner un envol vers lâinconditionnĂ©. Comment un tel esprit venait-il dâĂȘtre touchĂ© par la GrĂące? Peut-on seulement parler de GrĂące? Nâest-ce pas simplement le Hasard?âŠ
Cet Ăveil semble sans cause, tellement loin de notre volontĂ© et de nos capacitĂ©s individuelles. Oui, on ne peut que constater sa propre impuissance en face de Cela. Mon regard Ă©tait neuf, tel un nouveau nĂ©. Une nouvelle naissance, oui; on peut dire cela. Et ce poids du passĂ©, tous ces conditionnements sont soufflĂ©s comme une simple bougie par lâĂveil Soudain. Mille ans dâerreur sont dissipĂ©s en une seconde⊠Quel jeu, cette vie⊠Comme dit le Shin Jin Mel, «une fleur de vacuité⊠pourquoi souffrir pour saisir cette illusion ?»
La particularitĂ© de cette rĂ©volution intĂ©rieure est quâelle est incomprĂ©hensible. Ce que lâon cherche est ce que lâon EST depuis lâorigine, sans le savoir, mais plus bizarrement encore, elle se livre dans un non-savoir, dans un vĂ©cu qui dĂ©connecte toute tentative dâanalyse et de comprĂ©hension intellectuelle. «On» ne comprend rien. RĂ©ellement. Cela se saisit Soi-mĂȘme dans une Union parfaite et absolue. Aucune trace dâillusion. Aucune trace dâignorance non plus. Plus aucune ombre de Cela. Les tribulations humaines semblent des rĂȘves dâenfants dans une cour dâĂ©cole. Si le temps arrĂȘtĂ© nous dĂ©livre de lâĂąge, il nous livre lâalpha et lâomĂ©ga de tout ce qui est et sera Ă jamais. Nous sommes enfin libres de ne rien faire. Il nây a plus rien vers quoi tendre. Quelle paix! Mais quelle peur pour les troublions de lâactivisme impĂ©nitent!! Il faut souvent quâils tombent pour entrevoir cette voie du milieu, du non-savoir, du non-ĂȘtre, du non-devenir et du non-agitâŠ
Tiré de «Le bonheur est en Soi» (version 30/1/2005), anonyme
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